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Histoire de Lévis pendant la révolution

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La Révolution Française, si pleine d'intérêt dans les grands événements de son histoire, n'est pas moins curieuse à observer peut-être dans les petits détails de l'histoire d'une pauvre commune. On aime à voir quel a été sur quelques habitants de la campagne, dans un chétif village, le contrecoup de nos grandes agitations politiques et quelles impressions elles ont fait naître. Mais, pour que cette histoire soit intéressante, il ne faut pas la faire, il faut la trouver toute faite. Il faut qu'elle soit vraie, c'est-à-dire qu'elle s'offre dans toute sa simplicité naïve, dans toute sa grossièreté ou sa rudesse. Pour bien connaître et bien juger ces pauvres gens, il faut que ce soit eux-mêmes qui parlent, et leur langage est plus frappant, même lorsqu'ils ont eu pour organe quelque orateur de village qui empruntait ses phrases à l'éloquence d'un conventionnel.

C'est donc une bonne fortune que de rencontrer, dans le registre des actes et des délibérations du conseil général, puis du conseil municipal, de la commune de Lévy Saint Nom une histoire toute écrite, qui n'aura de mérite que parce qu'on la copiera fidèlement. La voici cette histoire ; elle a ses émotions, ses enthousiasmes, ses misères, ses scènes de douleur et ses déceptions : elle atteint tous les principes révolutionnaires ; elle touche au trône, à la liberté, à l'autel...

Dès l'aurore de la révolution, l'arbre de la liberté avait été pompeusement planté sur la place publique de la commune de Lévy mais ce malheureux arbre ne pouvait vivre ; il fallait sans cesse en replanter un nouveau :

Arrêté du 12 février 1792 : "Aujourd'hui, 12 février, le conseil général assemblé, il a été arrêté que le 24 du présent mois il serait planté en récidive un arbre de la liberté en peuplier, au lieu et place du poteau qui existait entre les trois ormes situés au carrefour de Girouard, pour remplacer les marques odieuses de la féodalité". Signé Saulnier, Prévost l'aîné, Vaidestin.

Un autre procès-verbal dit que ce poteau était aux armes du ci-devant roi. En effet le 24 février, un procès-verbal constate que les habitants étant en armes, le conseil et la municipalité placés au milieu du cercle ont procédé à la plantation de l'arbre de la liberté, pour la seconde fois.

Le 13 mars 1793, la patrie étant en danger, les procès verbaux constatent des enrôlements volontaires, Piaut, Noiselet, etc...

Le 2 avril 1793, le conseil général s'assemble pour le désarmement des suspects et requiert les citoyens en armes pour y procéder...

Cependant la révolution ne se faisait pas à Lévy sans trouver d'opposition. Il y avait de bonnes gens qui avaient foi dans les temps passés et qui ne se laissaient pas entraîner à l'enthousiasme de la liberté. La ferme de la Recette appartenait au roi ; elle était cultivée par un nommé Larondeau et chez Larondeau était une brave femme qui gardait dans son cur l'amour du roi. Voici ce que rapporte un procès verbal du 9 mai 1793 :

"Aujourd'hui l'assemblée ayant été convoquée, le cytoyen Touchet curé de Lévy (curé constitutionnel) a dénoncé Marie Langlois domestique chez le cytoyen Larondeau, fermier du domaine, pour les propos que la dite Marie Langlois a tenus et tient tous les jours dans cette commune. La dite Marie citée sur-le-champ à paraître par-devant le conseil général de la commune à l'effet de s'expliquer sur la dénonciation portant qu'elle aurait dit que le jour de la Pentecôte il y aurait de grands événements et quelle s'en réjouirait ; sur l'interpellation qui lui était faite, elle a répondu qu'elle était aristocrate et que les curés nommés par le peuple n'étaient pas légitimes et que les anciens rentreraient dans leur poste ledit jour de la Pentecôte ; que ceux nommés par le peuple n'avaient aucun pouvoir pour diriger les âmes et que le moment de la persécution était arrivé, qu'elle en était bien aise parce qu'elle mourrait martyr (sic) plutôt que de renoncer, que ce que faisait la convention nationale n'était qu'un amusement et qu'elle ne connaissait point la loi des hommes."

Le procès verbal ajoute : "Son maître le citoyen Larondeau nous a déclaré que si elle lui appartenait, il lui couverait la tête pour ses propos. Le conseil de la Commune a décidé qu'elle serait mise sur-le-champ en état d'arrestation et conduite au Comité de sûreté générale à Versailles, pour y être interrogée plus amplement ce qui pourrait servir à la découverte de quelque complot".

Qu'est-elle devenue la pauvre servante ? A-t-elle été martyre comme elle le disait ? Lui a-t-on coupé la tête comme le disait Larondeau parce qu'elle avait de l'enthousiasme pour ses anciens maîtres et de la ferveur pour la religion ?

Le 24 mai 1793, on fait de nouveau des enrôlements volontaires et l'on ouvre un registre pour inscrire les cytoyens de bonne volonté qui veulent aller combattre dans la Vendée. Se présentent François Lainé, il demande que les 90 livres qui lui sont accordées suivant l'arrêté du département soient remises à son père ou à sa mère ; Jean Noury âgé de 46 ans, il demande que le département ait égard à sa famille et à ses trois enfants.

Cependant la disette des grains se faisait sentir et avec elle viennent les mesures rigoureuses : "Aujourd'hui le 6 du 2ème mois de l'ère républicaine (27 octobre 1793), la municipalité assemblée sur la représentation de plusieurs cytoyens et notamment du cytoyen Noiselet qu'il lui a été refusé du blé chez les fermiers de cette commune pour ses semences. La municipalité, instruite du besoin de ce citoyen et lui ayant délivré un certificat de livraison, arrête que par la suite, si les cytoyens qui seront dans le besoin de grain éprouvent refus chez les fermiers, malgré les certificats dont ils seront pourvus, les cytoyens dans le besoin sont autorisés à battre sur-le-champ chez le fermier qui sera désigné dans le dit certificat. Les fermiers seront regardés comme suspects et traités comme tels et dénoncés au comité de surveillance".

"Arrête en même temps l'assemblée que tous les cytoyens de cette commune sont tenus de se munir d'un acte de civisme délivré au bureau municipal et regarde comme suspects ceux qui se refusent à cette précaution de sûreté. Il est également enjoint à tous les cytoyens et cytoyennes de cette commune de ne pas cesser de porter au marché les denrées qu'ils avaient coutume d'y apporter, faute de quoi les denrées trouvées chez eux seront confisquées au profit des pauvres, et aux marchands de se conformer au maximum décrété pour les marchandises de première nécessité qui est un tiers de plus de ce qu'elles se vendaient en 1790. Et quiconque ne se conformera pas au dit décret sera regardé comme suspect."

Le culte et les églises étaient abandonnés le jour même de la délibération qui précède.

"La municipalité assemblée, ayant pris connaissance de la lettre du directoire du district de Dourdan qui enjoint aux communes de descendre les cloches de leurs paroisses, de les faire conduire à Dourdan, a, sur-le-champ, fait procéder à cette opération qui a été faite en brisant les cloches pour en faciliter la descente".

Le 30 brumaire (20 novembre 1793) de la même année, un gendarme se présente, il est porteur d'une réquisition portant que les Essarts, les Laies et Lévy seront tenus de remettre les vases de leurs Églises et de porter aussitôt à Rambouillet les autres métaux de fer, étain, cuivre et plomb qui sont à leur disposition; cet ordre est signé du représentant Couturier. L'assemblée générale délibère ; les habitants de la commune sont assemblés au son de la cloche; on décide que toute l'argenterie, le fer, l'étain, le plomb qui étaient dans l'église seront transportés à Rambouillet et voici le reçu qui en est donné :

Un calice de vermeil appartenant à l'église de Levy Un calice d'argent doré appartenant à La Roche Un ciboire d'argent appartenant à Levy Une custode d'argent appartenant à La Roche Deux couronnes d'argent appartenant à La Roche Deux soleils d'argent le plus grand appartenant à Levy, le plus petit à La Roche.

Et maintenant voici le discours arrêté en assemblée générale pour être prononcé par les notables chargés de transporter ces objets.

Discours à prononcer lors de la remise des objets présentés à la Convention : "La Commune de Lévy, digne de la république par ses sentiments, nous a chargés de déposer dans votre sein les vases d'argent qui servaient au culte de son église et à celui d'une chapelle qui en dépendait. Son plus grand désir est de voir ses législateurs ne quitter leur poste que lorsque le bonheur de la France sera consolidé. Comme son nom est celui des ci-devant barons de Lévy se disant descendants de la Vierge, elle demande à en changer et que vous l'autorisiez à prendre celui d'Yvette, petit rivière qui prend sa source dans la vallée."     Tous ces actes sont notamment signés Valdestin, maire, Quetier procureur de la commune, et Saunier, officier municipal. Ce dernier parait en être le rédacteur.

Cependant le malheureux arbre de la liberté mourait toujours. Le 10 pluviose de l'an 2 (29 janvier 1794), la commune est convoquée à l'effet de le replanter et de suite célébrer, dit le procès verbal, "une fête civique à l'instar de nos frères et nous réjouir d'avance du bonheur certain que nous prépare la convention nationale. La commune réunie au hameau de Girouard, le chêne destiné à remplacer l'ancien arbre mort a été mis en place à midi. Pendant cette opération, nos cytoyens chantaient l'hymne chéri des Français et ne cessaient de crier "Vive la République et la Montagne qui la soutient". Nous avons de suite renouvelé le serment de vivre libres et de mourir tous s'il le fallait en soutenant et défendant de tout notre pouvoir la République Française. Un banquet fraternel nous attendait dans le temple que nous destinions à la Raison. Nous nous y sommes rendus tous et là mêlés nous avons joui de tous les plaisirs qu'une union parfaite et une joie complète peuvent procurer."

On peut voir avec quelle rigueur étaient exécutées les mesures qui avaient pour objet d'assurer la subsistance du peuple. Le 20 pluviose de l'an 2 (8 février 1794) la commune assemblée arrête que le "cytoyen Lemesle sera tenu de mettre en culture des terres qu'il abandonnait sur la ferme de Malpou et qu'il lui sera signifié d'ensemencer trente arpents en blé de mars et trente arpents en avoine, faute de quoi l'exploitation en sera faite conformément à la loi du 16 septembre 1793."

Le 30 pluviose (14 février 1794), Il est procédé à recevoir de chaque cytoyen chef de famille la déclaration de toutes les personnes qui composent sa maison et de la quantité de farine, blé, orge et seigle qu'il possède. Le même jour, la municipalité se rend chez les meuniers pour veiller à l'exécution de la loi ordonnant qu'ils devaient se munir de plateaux ne rendant gue quinze livres de son par quintal.

Le 11 ventôse (1er mars 1794), on met en réquisition les cendres pour la fabrication du salpêtre.

Cependant on ne pouvait arrêter les progrès de la disette.

"Le 15 prairial de l'an 2 (3 juin 1794) la commune d'Yvette assemblée à l'effet de pourvoir aux pressants besoins de ses concytoyens qui manquent de pain a révisé le recensement exécuté par ses commissaires le 26 floréal (15 mai 1794), et distraction faite de ce qui a été consommé depuis cette époque jusqu'à ce jour, il a été reconnu que les concytoyens auxquels il restait le plus de farine n'en avaient pas eux mêmes pour exister pendant quinze jours. Cependant en bons frères ils ont fourni 9 quintaux et demi à 16 de nos concytoyens les plus pressés pour les nourrir jusqu'à la décade prochaine."

Voici maintenant un épisode touchant. La propriété de Labaissière était alors habitée par un propriétaire nommé Vallet qui occupait à la fois la maison et les terres. Ce Vallet avait-iI émigré, avait-il pris part à quelque projet contre la République; c'est ce qu'on ne saurait dire. Quoiqu'il en soit il avait fait de fréquentes absences et malgré ses demandes, la municipalité lui avait plusieurs fois refusé des certificats de résidence, sous prétexte qu'il lui en avait été délivré à la section des Tuileries à Paris et qu'on ne peut habiter deux endroits à la fois. Elle motiva notamment ce refus dans une délibération du 18 fiorêal an 2 (7 mai 1794) sur l'incivisme dudit Vallet, son attachement reconnu pour la royauté et les dénonciations faites contre lui. En conséquence le malheureux Vallet fut traité comme suspect, ses biens furent mis sous le séquestre et des mesures de rigueur furent même prises contre le nommé Brossart, son domestique, soupçonné d'avoir été employé par lui à des commissions équivoque, et qui n'avait pas voulu rendre compte de lettres, qu'il en avait reçues et qu'il disait avoir brûlées.

Le malheureux Vallet fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire et ses biens furent confisqués et vendus. Nous lisons le procès verbal de la vente qui fut faite le 10 fructidor de l'an 2 (27 août 1794). On adjugea les raisins et les pêches de ses espaliers, les légumes de son jardin, les fruits de son potager savoir :

"1° le pourtour du petit jardin, le contre-espalier en raisin et pêches adjugé au cytoyen Quetier pour 75 l.

2° le pourtour du dit jardin de la maison en poiriers au citoyen Bouland pour 27 l., etc."

Plus tard la malheureuse veuve voulut faire réhabiliter la mémoire de son mari et faire cesser l'effet de la confiscation prononcée, elle réclama de nouveau le certificat de résidence qui avait été refusé à son mari et ce certificat lui fut délivré par une municipalité nouvelle le 10 fructidor de l'an 3 (27 août 1795). Ainsi le malheureux avait été injustement condamné et n'avait commis d'autre crime que celui d'être suspect.

A Lévy comme ailleurs il ne tarda pas à se manifester une réaction. Les habitants avaient été comprimés par la commune ; ils commencèrent bientôt à murmurer. Levy eut son insurrection et le récit est fait dans un procès verbal du 10 messidor an 3 (28juin l795) :

Aujourd'huila municipalité d'Yvette étant assemblée dans la ci-devant église pour faire la lecture des lois, les cytoyens de la commune ont redemandé lecture de la loi du 11 prairial (29 mai 1795) relative au culte. Après que lecture leur en a été faite, les dits cytoyens ont demandé que la municipalité ait à ôter leurs écharpes, parce qu'elle ne devait pas paraître en assemblée de commune en écharpe et que ce n'était que pour se faire respecter qu'elle la gardait, lesquels nous ont demandé que nous ayons à leur rendre compte sur-le-champ des deniers que la municipalité avait entre ses mains de la vente des effets de la ci-devant église. La municipalité n'ayant pas voulu se dévêtir de son écharpe les dits cytoyens se sont portés à des excès envers la municipalité, au nombre desquels nous avons remarqué Pierre Jeulin, Jacques Roch, Jean Vaidestin qui étaient à la tête du dit soulèvement, après quoi ils se sont érigés en assemblée et ont dit qu'ils allaient nommer un président et un secrétaire pour délibérer. D'après une pareille insurrection, la municipalité a arrêté que copie du présent serait envoyée sur le champ au district pour qu'il ait à prendre les mesures les plus convenables pour apaiser un pareil soulèvement et avons signé à l'exception des notables qui ont refusé en disant qu'ils n'étaient ni pour un parti ni pour l'autre."

Le refroidissement du zèle révolutionnaire ou plutôt le peu de sympathie de la population pour les meneurs qui la dominaient se manifesta bientôt par d'autres symptômes. Il y eut une insurrection du dimanche contre la décade et voici le procès verbal qu'on lit à la date du 30 messidor an 3 (18 juillet 1795) :

"Moi Quetier, agent national de la Commune d'Yvette, me suis transporté à 10 h du matin au temple de la Raison de la dite commune, à l'effet, aux termes de la loi, de procéder conjointement avec la municipalité à la lecture des lois et papiers apportés de la correspondance, où étant arrivé, nous avons trouvé la porte du temple fermée et aucun des officiers municipaux et notables présents... De tout ce que dessus nous avons dressé le présent procès verbal dont copie sera envoyée au district avec observation que les dits officiers municipaux et notables n'entendent pas que les lois et papiers soient lus la décade mais bien le dimanche."

La religion proscrite allait bientôt relever la tête et en même temps que le temple de la Raison était fermé, les portes de l'église allaient se rouvrir. On va voir dans quels termes curieux la première nouvelle apparaît dans les procès verbaux :

"Aujourd'hui 10 thermidor an 3 de la République (28 juillet 1795) devant nous maire et officiers municipaux est comparu le cytoyen Joseph Carré prêtre. Lequel a déclaré qu'il se propose d'exercer le ministère d'un culte connu sous la dénomination de culte catholique dans l'étendue de cette commune et a requis qu'il lui soit donné acte de sa soumission aux lois de la République. "

En conséquence ledit Carré prêta le 25 brumaire an 4 (16 novembre 1795) le serment en ces termes :

" Je reconnais que l'universalité des cytoyens français est le souverain et je promets soumission et obéissance aux lois de la République et je jure haine à la royauté et à l'anarchie, attachement et fidélité à la République. "

Ainsi installé, cet ecclésiastique exerça les fonctions du culte à la chapelle de La Roche, mais plus tard cette chapelle fut vendue nationalement et l'église de Lévy fut rouverte. On peut dire que dès ce moment cessa la révolution dans la commune d'Yvette. Depuis ce temps ses procès verbaux sont muets. Elle reprit plus tard son nom de Levy sans s'inquiéter désormais si ce nom était celui de barons féodaux qui se disaient descendants de la Vierge. De tous les hommes qui furent dans ce petit pays les ardents moteurs de la révolution, il n'en reste plus qu'un seul, Mr Bouland, ancien propriétaire de la ferme des Néfliers, vieillard de murs douces, habitant à Coignières une petite maison où il cultive ses poiriers et ses fleurs.